« Prologue »
Cherry aurait aimé pouvoir dire que la première fois qu’elle avait mis les pieds à Mulch, la ville lui avait parut aussi glauque que son nom. Cela lui donnait une raison supplémentaire de se plaindre, et Dieu savait qu’elle en avait besoin pour survivre à ce qui lui arrivait. Mais après tout, c’était de sa faute. Si elle n’avait pas fait tout ça, elle n’en serait pas là. C’était sa « punition divine » comme disait son frère. Elle aurait tout de même tout donné pour retourner dans sa ville natale où elle avait vécu dix-sept ans.
La brune n’était pas idiote non plus. Elle savait que si elle ne déménageait pas, la peine qu’elle éprouvait serait trop dure à supporter. Elle ferait une dépression comme durant cette semaine atroce qu’elle avait passé à ne rien faire et à pleurer toutes les larmes de son corps.
Mais c’était du passé désormais. Cherry n’était plus la même personne. Pour elle, et surtout pour sa famille, elle devait tourner la page. Sa mère avait été tellement ravie de déménager. En aucun cas elle n’aurait voulu lui faire de la peine, et même si oublier lui était impossible, elle pouvait toujours faire semblant.
« Alors, que penses-tu de la maison ? » lui demanda sa génitrice tandis que son père se battait avec une carte afin de la replier correctement tout en poussant quelques rugissements sauvages.
La voiture des Williams était garée devant une petite maison claire à l’allure fière et malicieuse. Elle semblait fragile mais bien décidée à rester debout sans s’effondrer, au moins jusqu’à ce qu’un ouragan la démolisse.
Assise derrière son père qui était du côté passager, elle passa sa tête entre les deux sièges pour observer ce spectacle. Cherry se retint de justesse de ne pas marmonner quelques mots emplis d’indifférence. Elle devait leur laisser penser que tout allait bien, donc ce n’était sûrement pas approprié de dire « Mouais. » L’endroit était mignon, mais elle ne l’aimait pas. La brune était persuadée qu’elle ne se sentirait jamais chez elle ici. Sa grande et belle demeure de Stanford lui manquait déjà. C’était là-bas qu’elle se sentait chez elle. Pas à « Mulch. »
« Adorable ! » mentit-elle avec un grand sourire.
Mrs. Williams laissa échapper un petit gloussement de joie. Elle était vraiment ravie de voir que sa fille appréciait l’endroit. Sans perdre une seconde, la femme courut vers la porte d’entrée sans prendre la peine de refermer sa portière. Son mari et son fils enlevèrent leur ceinture et la suivirent moins enthousiastes mais avec un petit sourire quand même. Seule Cherry resta un instant dans la voiture.
Les mains tremblotantes par cette nouvelle rencontre avec ce dans quoi elle allait vivre, elle ramassait les emballages de bonbons et de sandwich que Jesse et elle avaient consommé durant les six heures de circulation qui séparaient Stanford de Mulch. Elle soupira à cette pensée. Décidément, elle détestait déjà cette ville.
Pourtant, Mulch était une jolie commune où les fleurs ne fanaient pas et où les oiseaux gazouillaient. Tout le monde avait l’air gentil et souriant. Les problèmes semblaient inexistants. Une espèce de Wistéria Lane amélioré et sans les problèmes de femmes au foyer désespérées.
*J’ai beau soupirer autant que je veux, ça ne changera rien. Que je le veuille ou non, je dois m’habituer à cet endroit.* Et Cherry ne retournerait plus jamais à Stanford. Elle aurait aimé, mais pour elle, tout comme ses parents, c’était quelque chose d’impossible.
Elle ouvrit sa portière et jeta tous les petits papiers dans un sac en plastique sur lequel était écrit en grosses lettres manuscrites « POUBELLE. » Avant d’aller aider sa famille à sortir toutes les affaires du coffre et de la remorque, elle attrapa son ours en peluche et un énorme classeur dont des milliards de feuilles dépassaient. Elle tenait alors les deux choses les plus importantes de sa vie à cet instant là.
1. Luciole Le 14/11/2008 à 00:23
Ey !
C'est vraiment pas mal du tout !
Bien écrit, facile à lire, ça va tout seul et c'est très agréable =)
J'espère que tu vas continuer !
Dernière mise à jour de cette page le 07/11/2008