Admettons qu’un jour, vous ayez posé votre tête sur les rails d’un train en les prenant pour oreiller. Vous vous êtes décidé à faire une petite sieste, fatigué pour telle ou telle raison. Mais, hélas ! Durant votre sommeil, le train en question est passé et vous a – au passage ! – détruit la boîte crânienne et déformé votre cerveau, vous causant ainsi une douleur plus ou moins aigue, dont vous n’arriveriez pas à trouver l’origine. Si vous arrivez à vous mettre dans cette situation, non seulement êtes un être très imaginatif, mais en plus de ça, vous comprendrez merveilleusement bien à quel point Cherry se sentait mal ce matin là.
Jamais elle n’avait ressentit pareille sensation, et contrairement aux autres sentiments, celui-ci était pire que tout. Elle n’arrivait même pas à positiver et à se dire « trop cool, j’écrirais un chapitre sur la gueule de bois » ! Non. Comment pouvait-elle vouloir se rappeler de son état ? La lumière du soleil était faible, et bien que filtrée par les rideaux, Cherry aurait mis sa main à couper qu’on était plus proche de cet astre qu’en temps normal. A peine fut-elle réveillée qu’elle se cacha sous sa couette, comprenant très bien quel mal de tête ça lui causerait de rester un peu trop longtemps à regarder le ciel.
« Aaaaaah ! »
Elle apporta ses mains contre sa tête comme pour tenter de calmer cette migraine affreuse. Elle se sentait totalement déshydratée, et si elle en avait la force, elle aurait couru dans la cuisine boire toute l’eau qu’il lui était possible de trouver.
« Comment se fait-il que je sois dans un état pareil ? »
Cherry avait beau chercher, elle n’en avait aucune idée. A la place de sa soirée d’hier, il y avait un gros trou noir et malgré tout ses efforts pour se rappeler d’une parcelle d’évènements, rien ne venait combler ce gros vide dans sa tête. Mais elle sentait qu’elle devait avoir honte. Enormément honte.
Il n’y avait qu’une seule fois où la brune s’était réveillée dans cet état là. C’était quand elle avait onze ans, à l’anniversaire de son père. La famille avait commandé des cocktails sans se douter qu’ils étaient alcoolisés. Cherry avait été tellement soûle qu’elle avait… Vaut mieux l’ignorer. Disons juste qu’elle avait totalement perdu l’esprit.
« Cherryyyyyyyy ! Guten Tag ! »
La jeune fille sortit timidement la tête d’en dessous de sa couette. Une blonde avec un grand sourire se tenait debout face au lit, et Cherry la vit flou un instant avant de reconnaître en elle la douce et gentille Rosa.
« Alkohol ist keine! Wieder überhaupt nicht mehr! »
La blonde prit place sur le lit de la brune tandis que cette dernière gémissait de mécontentement. Rosa lui tendit un verre d’eau que Cherry lui arracha pratiquement des mains avant de le boire d’un seul coup.
« Rosa, s’il te plaît… Ne me parle pas allemand… Je ne comprends pas… »
Ce fut un regard d’incompréhension qu’elle lui rendit. Comme si le fait de ne pas comprendre l’allemand était quelque d’incroyable. Mais Rosa ne se posa pas de questions.
Et ce fut la dernière fois qu’elle prononça un mot dans sa langue natale devant Cherry.
« Je suis venue te rapporter tes chaussures ! Merci pour la dernière fois ! Jesse m’a dit que t’avais la gueule de bois ! »
Elle lui tendit la bouteille d’eau qu’elle tenait dans sa main gauche tandis que les ballerines rose de la brune venaient de quitter ses poches pour atterrir sur sa main. La brune but rapidement tout le contenu de la bouteille en un rien de temps elle se sentit peu à peu réhydratée.
« Jesse t’as laissée entrer ? »
Cherry était très surprise, car Jesse n’aurait jamais laissé entrer qui que ce soit. Un grand sourire prit place sur les lèvres de Rosa. La brune aurait mis sa main à couper qu’elle rougissait.
« Oui. Il m’a dit que vous vous étiez disputé… »
Le sourire de Cherry s’assombrit. Oui, elle avait totalement omis cette partie de l’histoire. Jesse et elle avaient eu une assez violente altercation la dernière fois. Depuis, ils ne se parlaient plus. « Je te déteste. » C’était les trois derniers mots qu’elle lui avait dit. Et le pire, c’était que sur le coup, elle les avait vraiment pensés. Elle voulait vraiment se réconcilier avec lui. Après tout, c’était son frère. Ils étaient toujours l’un pour l’autre. Et c’était la seule chose qui lui restait de sa vie d’autrefois.
Cherry avait tout perdu. Elle n’avait plus ses amis. Elle n’avait plus sa maison. Elle n’avait plus sa ville. Et en quittant Stanford, c’était comme si elle avait laissé une partie d’elle là-bas. Jesse était la seule personne qui était encore avec elle. Et maintenant, ils ne se parlaient plus. Oui, Cherry voulait vraiment qu’ils se réconcilient. Mais elle n’était même pas sûre que ce soit possible.
« Au fait, lui et David sont en train de discuter en bas ! Tes parents sont sortis. »
« QUOI ? »
Cherry faillit tomber de son lit. JESSE ! DAVID ! Jesse ET David à la fois. Dans la même pièce. Au même endroit. En train de discuter. La dernière fois qu’ils avaient discuté, elle se souvenait très bien de comment ça s’était finit. David, gêné, était rentré chez lui. Elle n’était pas partie manger chez les Evans hier, et elle n’osait imaginer ce qui aurait pu arriver. Mais encore, ça allait. Les parents étaient là, ils n’allaient pas se jeter l’un sur l’autre pour se tuer.
Mais là, JESSE ET DAVID ETAIENT SEULS ! Jesse aurait toutes les chances de tuer David illico presto ! D’un certain point de vue, c’est effrayant, mais aussi très drôle. Cherry se rua dans l’escalier, suivie par Rosa. Elle-même ne comprenait pas son empressement et ne chercha pas vraiment à l’interpréter. Sans doute était-elle envahie par toutes ces suppositions qu’elle faisait. Comme par exemple, retrouver David mort dans une mare de sang. Ou alors les deux garçons avec un cocard et cinq bras cassés chacun. La cuisine dévastée, les canapés du salon déchirés et renversés. Bref, elle imaginait l’apothéose, le chaos, le néant, l’anarchie totale.
Si jamais vous auriez pu voir la tête qu’elle faisait en les apercevant, tous les deux, en train de rire et de boire un café tout en discutant comme de bons amis. Elle les observa un instant, la bouche ouverte par le choc causé. Après s’être réveillée avec la gueule de bois, il ne manquait plus que ça. Que Jesse fasse de David son ami.
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Le dimanche matin était un jour que tous les habitants de Mulch vénéraient comme un jour saint, bien que la plupart d’entre eux ne soit pas vraiment chrétiens. D’ailleurs, cela n’avait pas vraiment de rapport avec une religion quelle qu’elle soit. C’était une petite légende urbaine que certains s’amusaient à ébruiter et qui était devenue assez populaire au sein de la commune. Ce mythe étrange dont les habitants aimaient parler tous les jours était assez simple. En effet, on racontait que tous les dimanche matin, un ou plusieurs habitants de l’île était frappé d’une espèce de malédiction qui faisait en sorte qu’au moins une des choses qui lui tenait à cœur lui paraissait impossible. Les plus chanceux voyaient ce sort comme un enchantement et c’était le contraire : une des choses qu’ils voulaient voir se réaliser devenait vrai ou semblait être sur le point de l’être.
Le cas de Cherry était sans doute une exception. La brune hésitait entre la malédiction et l’enchantement. D’une part parce que David et Jesse avaient fini par bien s’entendre pour une raison qui lui était totalement inconnue, et d’autre part… pour la même chose. Comme elle le faisait à chaque fois, elle fit de son mieux pour prendre énormément de recul sur la situation, mais c’était bien trop dûr. Elle n’y arrivait pas. Le choc fut si profond qu’elle eut l’impression de ne plus arriver à respirer. Au fond, ce n’était pas une surprise. Juste le fait d’être mis face à cette amitié naissante qui l’inquiétait au plus haut point. Car oui, c’était super tout de même. Jesse et David s’entendaient bien ! Ainsi, le beau David pourrait venir chez elle du matin au soir ! Elle le verrait un million de fois plus souvent et puisque son frère l’aimait bien, elle n’avait pas à s’inquiéter de le laisser seul avec lui ! Tout semblait beau et paraissait brillant. Mais pas tant que ça au fond.
Il était vrai que Cherry n’avait jamais eu de petits copains ou quoi que ce soit y ressemblant. Mais elle savait une chose : c’était qu’en devenant ami avec Jesse, David n’aurait plus aucune chance de se marier avec elle et de lui faire quatre enfants dont deux surdoués. Cherry connaissait son frère, elle le savait : ce serait totalement mort.
*De toute façon, je ne suis même pas amoureuse de lui !* Elle tentait du mieux qu’elle pouvait de s’en convaincre. Pourtant, une envie de pleurer incroyable la saisit et elle dû faire un effort pour ne pas fondre en larmes.
« Tiens, bonjour Cherry ! » s’exclama David en souriant.
Le sourire de Jesse s’effaça. Il n’osa pas vraiment croiser le regard de sa sœur. Tout comme elle, il avait un orgueil incroyable et leur dispute était encore bien présente dans son esprit. Il était totalement exclu qu’il fasse comme si de rien était. De toute façon, il avait gagné. Il le savait, et il savait qu’elle le savait, elle aussi. « Chevid » était un couple qui ne se formerait pas, un point c’est tout !
De son côté, la brune avait du mal à avaler ça. Pétrifiée, incapable de dire quoi que ce soit, elle tourna les talons et s’enferma à clés dans sa chambre, laissant Rosa, David et Jesse ensemble. Comment osait-il vouloir contrôler son avenir à ce point ? Plus que de la colère, c’était de la déception. Car en perdant ses chances avec David, elle perdait l’amitié de Jesse qu’elle n’avait jamais autant haï de toute sa courte vie.
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Une ravissante jeune fille brune sortit d’une voiture noire dont les vitres étaient teintées. Elle portait un grand manteau noir en laine qui mettait en valeur sa taille de guêpe. Des lunettes de soleil étaient posées sur son nez, malgré le fait que la neige tombait à flots. Elle observa un instant l’hôtel qui se trouvait face à elle. Il semblait luxueux, mais pas assez à son goût. D’un ton réprobateur, elle se tourna vers sa mère qui venait de claquer la portière.
« On va vraiment vivre dans un truc pareil, Maman ? »
Cette dernière hocha la tête et la brune poussa un profond soupir. Mulch. Comment Cherry et ses parents avaient-ils osé déménager dans une ville avec un nom aussi laid ?
Une autre jeune fille brune sortit de la voiture à son tour. Contrairement à sa sœur, elle affichait un grand sourire qui traduisait sa douceur et son optimiste.
« Voyons, Saturday ! Il a l’air super cet hôtel ! »
« Je ne comprends toujours pas pourquoi on ne demande pas à Cherry de nous héberger. C’est franchement insupportable à la longue, les hôtels. »
Malgré les grands sourires de Mary, sa sœur, Saturday ne parvenait pas à faire partir cette mauvaise humeur qui avait pris possession d’elle. En temps normal, elle savait qu’elle n’était pas comme ça, mais à la simple idée de revoir Cherry, son envie de vomir redoublait. Après ce qu’elle avait fait, elle avait du mal à parler à sa cousine en occultant ce tragique accident. Personne n’en savait rien, seule Saturday était au courant. Et c’était encore plus frustrant car elle n’avait personne à qui se confier sur ce point.
Pourtant, Mary et Saturday Williams étaient très proches. Meilleures amies même. Même si Mary se disputait sans arrêt avec Cherry, elle l’aimait bien au fond. Et la brune savait très bien que même si elle la détestait, sa sœur ne pardonnerait pas ce qu’elle avait fait. Elle souhaitait vraiment rejeter la faute sur sa cousine. Et pourtant, ça ne servait à rien. Parce qu’elle savait très bien qu’il n’y avait qu’elle qui était responsable, pas Cherry. Sa jalousie avait tout brisé, et elle espérait que ça ne se sache pas. Jusqu’à là, personne n’avait rien remarqué, alors, elle était plus bien barrée.
« Quand est-ce qu’on va voir nos cousines ? » demanda Saturday.
Avec un sourire spontané, sa mère répondit :
« Demain. »
Et Cherry, que la malédiction du Dimanche avait suffisamment frappée comme ça, ne se doutait pas que les ennuis venaient à peine de commencer pour elle.
5. Joe_Grinnell Le 02/03/2009 à 19:39
4. Moutmout Le 10/12/2008 à 19:30
3. Davidounet Le 07/12/2008 à 13:21
2. Fanny-aïe-chou Le 06/12/2008 à 19:04
1. Rosie-chou Le 06/12/2008 à 09:26
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