Il ne restait plus que quelques cartons à décharger, et pleins de bonnes volontés, Jesse et Cherry Williams proposèrent à leurs parents de les laisser finir le « sale boulot », comme ils l’appelaient. Ces derniers pourraient ainsi aménager leur nouvelle demeure au plus vite. Il me semble inutile de préciser que Mr. et Mrs. Williams acceptèrent avec enthousiasme l’offre de leur progéniture. C’est ainsi que Jesse et Cherry se retrouvèrent seuls à faire des allers/retours entre la voiture et la maison. Jesse avait vingt-trois ans et Cherry, dix-sept. Il était en fac de médecine, et elle en était à sa dernière année de lycée. Il était plutôt du genre scientifique, tandis qu’elle vouait un culte sans nom aux bouquins et à la philosophie. Il était plutôt dragueur, et elle, elle attendait de trouver « LE » bon. Il était d’une adresse rare, et elle semblait avoir deux bras gauches. Les enfants Williams étaient comme le soleil et la lune, le noir et le blanc, le yin et le yang. Tout semblait les opposer, et pourtant, ils s’accordaient à merveille. Ils se disputaient souvent pour des broutilles, mais leur affection paraissait redoubler après chaque querelle. Ils avaient une confiance infinie l’un en l’autre et se connaissaient mieux que personne. C’est pourquoi lorsque Jesse vit Cherry sourire seulement à chaque fois qu’on l’observait, il comprit que quelque chose n’allait pas. Et ce quelque chose, il savait pertinemment ce que c’était. Alors que sa sœur revenait vers la voiture, il s’assit sur le rebord du coffre en faisant légèrement trembler le véhicule. Quand Cherry passa devant lui, elle lui fit un grand sourire – ce qu’il avait vu venir à des kilomètres à la ronde – avant de se pencher pour attraper l’un des derniers cartons coincé tout au fond. « Tu comptes faire l’hypocrite comme ça pendant combien de temps ? » Jesse croisa les bras sur son ventre et dévisagea sa sœur qui lui fit les yeux ronds. Ils restèrent un bon moment comme ça, à se dévisager l’un l’autre sans battre des paupières une seule fois. Comprenant que ce combat de regards ne la mènerait à rien, Cherry reprit son incessant faux sourire et se remit à tenter d’attraper un carton du fond. « Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, Jesse ! » Bien sûr que si elle savait. Cette phrase avait été lâchée comme ça, comme si elle ressentait le besoin de raconter des craques pour s’en sortir. Mais Jesse savait trouver les bons mots, et la brune s’attendait à ce qu’il le fasse pour qu’elle puisse au moins se confier à lui et donc ne pas mentir à la personne qui comptait désormais le plus à ses yeux. « Cherry, je sais qu’Ava te manque, et c’est déjà suffisamment dur pour toi de devoir faire croire aux parents que tu es contente de tout ce remue ménage dans ta vie, alors repose ta conscience sur moi et évite de faire semblant en ma compagnie, tu veux bien ? » Encore une fois, il avait trouvé quoi dire. Comme toujours. Les yeux de Cherry commencèrent à s’humidifier et elle les leva vers le ciel pour éviter que les larmes ne coulent, avant de reposer son regard noisette sur son frère aîné. « Je sais… Je suis désolée c’est juste que… » Elle marqua un temps pour reprendre son souffle tandis que le brun la regardait avec compassion. « C’était ma meilleure amie, tu comprends… » Jesse s’apprêtait à ouvrir la bouche pour éviter que sa sœur ne se mette à fondre en larmes, mais un garçon se matérialisa à côté d’eux. Cherry ne l’aperçut pas tout de suite et ce fut son frère qui leva les yeux en premier vers l’inconnu. Il était grand, svelte, et semblait avoir une vingtaine d’année. Il était jeune, et son visage doux laissait deviner qu’il venait en paix. « Bonjour ! dit-il. Je m’appelle David Evans. J’habite dans la maison juste en face. » Il fit un grand sourire à Jesse et en entendant cette phrase, Cherry se retourna. *Whoah* La brune n’avait jamais vraiment fait plus attention aux garçons que ça durant sa courte vie. Elle n’avait jamais connu « l’amour », ni les petits copains. Et honnêtement, elle s’en fichait éperdument. Elle n’avait pas l’impression d’avoir raté quelque chose d’important. Il fallait avouer qu’elle était parfois tellement plongée dans ses pensées que rares étaient les personnes qui voulaient lui adresser la parole. Sans doute la trouvait-on trop « étrange. » Mais lorsque son regard se posa sur David, elle dû admettre qu’il était franchement beau. « Bienvenue à Mulch ! » continua-t-il avec le même entrain. Etrangement, lorsque c’était lui qui prononçait ce mot, la ville paraissait beaucoup moins laide aux yeux de Cherry. Son nom n’en devenait pas plus beau, mais le ton serein et délicat avec lequel il l’avait énoncé la rassura, même si elle ne savait pas vraiment ce qui l’inquiétait au fond. Pensant que sa sœur allait répondre, puisqu’elle gardait la bouche grande ouverte, Jesse ne répliqua pas tout de suite. Ce fut lorsqu’il comprit qu’elle était juste ébahie devant ses yeux bleus qu’il se leva du coffre et tendit la main au dénommé David. « Enchanté, je suis Jesse Williams, et elle c’est ma sœur… » « Cherry ! Moi c’est Cherry ! » rétorqua-t-elle tout à coup en reprenant ses esprits et en imitant son frère. Le jeune garçon fut ravi de voir que ses nouveaux voisins étaient liants. Il leur serra tour à tour la main sans oublier de dévisager Cherry qui parvenait à rester de marbre malgré l’admiration qu’elle portait à cette nouvelle connaissance. Elle réussit même à se conduire tout à fait normalement avec lui, ce qui agaça un tantinet Jesse. Il avait toujours été le seul et unique « homme de sa vie » – leur père ne comptant pas puisque les enfants Williams n’étaient pas proches de leurs géniteurs – et il n’était jamais content de savoir qu’il risquait d’avoir de la concurrence. Même s’il doutait fortement du fait que sa sœur ne sorte avec ce David. Déjà, pour commencer, elle ne connaissait absolument rien à la drague et à tout ce qui s’en suivait. Ensuite… Bon sang, ne préférait-elle pas un bon livre qu’à une paire d’iris bleu azur ? De toute façon, si ce type la touchait, il l’écarterait vite fait bien fait. Jesse avait beau parler, mais tandis qu’il se perdait dans ses pensées, Cherry et David entamaient une grande conversation animée qui semblait les passionner autant l’un que l’autre. « Ca alors Jesse ! s’exclama la brune, lui aussi est à la fac de médecine où tu es inscrit ! » Le brun releva les yeux vers son nouveau rival. Ce dernier continuait à sourire bêtement ce qui commençait sérieusement à l’exaspérer. Il n’espérait tout de même pas qu’ils deviennent amis ? *J’en deviens ridicule* Et après tout, pourquoi se prenait-il autant la tête ? Ils venaient à peine de se rencontrer. En plus il se faisait surement des idées. Un peu honteux, il se rendit compte qu’il tenait plus à sa sœur qu’il ne voulait l’admettre. Car malgré toutes les filles qu’il avait côtoyées, et même les futures qu’il rencontrerait, il savait pertinemment que Cherry resterait la seule femme de SA vie à lui. Il voulait rester avec elle du début à la fin, et la protéger de tout. Si ce dragueur s’apprêtait à lui briser son cœur, il n’allait certainement pas rester les bras croisés à observer sa pauvre petite cerise se faire avoir. « C’est super, répondit-t-il sans joie, en attendant, Cherry et moi avons encore des cartons à déballer donc tu devrais rentrer chez toi. » « Je pourrais vous aider ! » proposa gentiment David. « Non, ça ira. Il serait vraiment préférable que tu rentres chez toi. » Jesse n’avait pas vraiment dit ça méchamment, mais à en voir à quel point il insistait pour que le jeune homme déguerpisse et le ton brut avec lequel il avait dit ça, David comprit rapidement qu’il était dans son intérêt de détaler au plus vite. Il afficha un sourire déçu et recula d’un pas. « Bon, je pars alors. Au fait, avant que je n’oublie, mes parents vous invitent à venir dîner la semaine prochaine… Parlez-en aux vôtres, je serais vraiment content de vous revoir. » Le blond n’était pas stupide. Il savait que s’il demandait la réponse immédiatement, Jesse, furax, lui répondrait qu’ils étaient pris ce soir là ou une quelconque excuse pour échapper à cette invitation qui n’avait rien d’un piège. Bien vu. « On se verra à la fac, Jesse… Ravi de t’avoir rencontré Cherry. » Puis il tourna les talons pour repartir chez lui. Jesse se tourna immédiatement vers les cartons et attrapa les deux derniers qui traînaient, prévoyant le fait que sa sœur lui passerait un sacré coup de savon pour avoir fait fuir leur nouveau voisin. Il comptait partir en courant puis s’enfermer dans sa chambre pour déballer ses affaires et donc ne pas avoir à se justifier, mais il avait visiblement été trop lent. « Qu’est-ce qu’il t’a pris ? » *Et Merde* Il montra toutes ses dents à Cherry et respira un grand coup avant de dire d’un air qu’il pensait totalement crédible : « De quoi tu parles ? » La jeune fille, comprenant que le questionner ne l’amènerait à rien, poussa un soupir de lassitude. Elle savait très bien qu’il était très protecteur à son égard, mais elle aurait franchement aimé discuter un peu plus avec ce David. Elle sentait qu’ils pourraient devenir de grands amis, et Cherry avait besoin d’amis. Seule, elle se sentait si faible, si démunie. Et elle détestait se sentir ainsi. Avec Ava, sa meilleure amie, elle avait l’impression d’être capable de tout. Ressentir quelque chose d’aussi fort que l’amitié l’aidait inconsciemment à avancer dans la vie. Mais Ava n’était plus là maintenant. Il n’y avait plus que Cherry. Oui, Cherry qui avait peur et qui pleurait. Qui pleurait Ava, qui lui manquait tellement… La brune ouvrit paisiblement les yeux sur sa chambre. Comme tous les matins, elle eut l’impression de s’être endormie chez une amie. Se levant en sursaut, elle ne se rendait compte qu’elle était chez elle que lorsqu’elle voyait cette pile de cartons posés à côté de la porte blanche qui lui faisait face. Il me semble inutile de préciser qu’à chaque fois, elle regrettait de ne pas avoir fait qu’un simple rêve où elle vivait à Mulch. Le nom de la ville était la première chose à laquelle elle pensait aux aurores, et son aversion pour la commune semblait accroître à chaque fois qu’elle y resongeait. Elle aurait tant aimé que David prononce encore ce mot, qu’elle le trouve un tant soit peu plus agréable à entendre, mais elle n’avait pas revu le garçon depuis leur première rencontre. Jesse affirmait l’avoir vu à la fac. Dès le second jour, son frère avait décidé d’aller en cours. Cherry, moins courageuse, avait promis de s’y rendre le troisième. On lui avait fourni un emploi du temps et attribué une classe, la terminale L deux. Néanmoins, on lui avait fortement conseillé de ne revenir que le lendemain, sa classe étant en pleine journée de contrôle. Or, il se trouvait que par une chance miraculeuse, le lendemain en question – soit ce jour-là – elle n’avait cours que l’après-midi. Cadeau du destin ou hasard, la brune n’en avait rien à faire. C’était une excuse suffisante pour rester dans son lit. David l’avait sûrement oubliée, car il n’avait visiblement pas tenté de la revoir, ni de questionner Jesse sur elle, ce qu’elle aurait trouvé fort flatteur. De toute façon, elle n’était que la petite cruche qui habitait en face de chez lui sans jamais avoir la chance de le voir. Elle ne comprenait pas pourtant. Elle avait fait trois joggings par jour, sorti toutes les poubelles de la maison bien qu’elles ne fussent pas pleines, et regardé par la fenêtre un nombre incalculable de fois dans l’espoir d’apercevoir sa fine silhouette élancée et si plaisante à observer. Si Jesse lui avait dit qu’il ne l’avait pas vu, elle aurait trouvé cela logique. Or, David semblait bel et bien en vie. Cherry en était arrivée à la conclusion suivante : elle n’avait pas de chance. Elle méditait encore sur le garçon en arrivant à son lycée. Pourquoi pensait-elle tant à lui ? Elle ne le connaissait même pas après tout. De toute façon, ses parents ayant accepté l’invitation des Evans, elle ne pouvait qu’être sûre de le revoir dans trois jours. « A115. » Cherry avait passé une vingtaine de minutes à trouver cette salle et se félicita d’avoir eut l’excellente idée d’arriver en avance. Elle avait un sens de l’orientation si peu développé qu’elle était contente de se retrouver dans sa chambre. Elle avait pris ses précautions cette fois, étant un peu trop habituée à se ridiculiser sans arrêt à Stanford. Là-bas, tout le monde trouvait cela attendrissant, mais ici, la brune n’était encore sûre de rien. Quelques élèves attendaient devant la salle de classe, plus ou moins silencieusement. Certains lisaient ou écoutaient de la musique sans déranger personne, tandis qu'une bande de jeunes filles de son âge discutaient et riaient très fort. Cherry se sentit mal à l’aise immédiatement. Elle avait le choix entre des asociaux où des bavardes. Ils avaient l’air gentil mais elle n’avait franchement aucune envie de nouer des liens avec eux. Elle resterait tout de même aimable et souriante, histoire de ne pas se faire détester. La brune s’adossa contre le mur et entreprit de regarder longtemps ses pieds comme si quelque chose était collé dessus. Pourquoi David n’était pas dans son lycée ? * Bon sang, je recommence à penser à lui.* Elle se sentait de plus en plus crétine à tout rapporter à lui. D’habitude, elle pensait à ses histoires. Dès qu’elle rentrait d’une longue journée de cours, elle y avait tellement pensé qu’elle avait des pages et pages dans la tête, si bien qu’avant de se mettre à ses devoirs, elle se mettait à écrire. La moitié de la journée s’était déjà écoulée, et Cherry n’avait qu’une phrase en tête : « Pourquoi je ne le vois jamais ? » ce qui, de son point de vue, était d’une pitié incommensurable. Le pire dans l’histoire, c’était qu’elle n’avait qu’un seul but : devenir son amie. Pas sa petite amie ni la future mère de ses enfants. Non, juste son amie. Il lui avait dit avoir dix-neuf ans. Peut-être était-elle trop jeune à ses yeux pour avoir une chance de tisser une amitié durable ensemble ? Ou bien peut-être que ça ne lui avait pas traversé l’esprit. *Je ne mérite pas d’avoir des amis* Cherry se sentit tout à coup envahie d’une grande tristesse. C’était sans doute Dieu qui la punissait. « Mattews ! Mattews ! Tu nous présenteras ton frère ? S’iiillll te plaît ! » Sans trop comprendre pourquoi, Cherry releva la tête. Un garçon arriva vers elle et s’adossa au mur juste en face. Cinq filles lui tournaient autour et lui posaient tour à tour la même question. Le dénommé Mattews ne prononçait pas un mot et même s’il leur souriait poliment, Cherry sentait bien qu’il aurait préféré qu’elles s’évaporent loin de lui afin qu’il puisse avoir la paix. Il leva durant une demi-seconde la tête et ses yeux se posèrent sur Cherry qui s’empressa de baisser la sienne comme si elle ne l’avait jamais remarqué. « Tiens, elles veulent toujours le numéro de Shane ? Pauvre Mattews… Elles se servent de lui comme un annuaire. » S’exclama sans grande discrétion un garçon à côté d’elle. Mattews sembla entendre ces mots et leva assez tristement la tête vers lui. Les jeunes filles se retournèrent et le fusillèrent du regard. « Ferme-là Eric ! Tu es juste jaloux ! » Riposta l’une d’entre elles. Eric éclata d’un rire mauvais. « Jaloux... de lui ? Il me fait de la peine tu veux dire. Je n’apprécierais pas qu’on s’intéresse à moi uniquement parce que mon frère est Shane Anderson… Être le deuxième fils dont personne ne se soucie, ça doit être dur ! » Son rire reprit de plus belle. Personne n’osa répondre. Shane Anderson… N’était-ce pas le célèbre fils aîné de la société Anderson dont on parlait sans arrêt dans les journaux et les informations depuis le début du mois ? Il était vrai que Mattews lui ressemblait un peu. Elle avait donc le frère d’une célébrité dans sa classe ? Une tension incroyable s’était installée dans l’air. Tout le monde observait Eric et Mattews. Même ceux qui n’avaient rien dit levèrent la tête de leur bouquin pour poser leurs yeux sur cette scène digne d’un western où deux individus se fusillaient du regard, à la simple différence qu’Eric semblait plus s’amuser qu’autre chose. Le professeur de maths arriva tel un cheveu sur la soupe et salua gaiement tout le monde avant d’ouvrir la porte de la classe et de faire entrer tous les élèves. Effrayée par cette mauvaise ambiance, Cherry se rua à l'intérieur la première et s’installa dans un coin, tout au fond de la classe, en espérant que personne ne la remarque. Décidément, elle n’aimait vraiment pas Mulch et d’après elle, ça n’était pas prêt de changer avant très longtemps. Le cours de lettres était le dernier de la journée pour Cherry. Elle était pressée de quitter le lycée, mais c’était sa matière favorite, donc elle ne se plaignait pas trop. En maths, en histoire et en SVT, elle s’était sans arrêt assise seule tout au fond de la classe. Comme elle le voulait, personne n’avait fait attention à elle. C’était vexant d’un certain côté de se sentir aussi invisible. A Stanford, tous les élèves l’auraient dévisagée comme une bête de foire et au moins une dizaine de d'entre eux auraient tenté de faire ami-ami avec elle. Ici, tout le monde était tourné vers son petit nombril. Ce n’était pas plus mal au fond. Cherry aimait la discrétion. Comme toujours, la brune courut s’installer au fond de la classe. Les élèves prirent place à d’autres endroits. Elle remarqua que quelques filles collaient encore le pauvre Mattews qui ne disait toujours pas un mot. Enfin, d’après ce qu’elle voyait. Ses lèvres ne remuaient pas. Elle avait l’impression d’avoir déjà vécu cette scène une bonne centaine de fois et plus rien ne lui paraissait nouveau à présent. La routine s'était presque installée. Eric Hawkins s’installa juste devant elle avec un ami à lui. Cherry ne comprit pas vraiment pourquoi, mais il se retourna et lui fit un sourire malsain dont lui seul semblait connaître la signification. Gênée, elle baissa les yeux et fit comme si elle n’avait rien remarqué. Elle ne voulait pas parler à un type qui semblait psychologiquement mauvais au point de se moquer de tout le monde. Car il n’y avait pas eut un seul cours où il n’avait pas fait une remarque blessante. Il avait pas mal de cibles, mais sa plus grande victime semblait être Mattews. Eric devait franchement le détester au plus haut point pour autant l’embêter. Mattews ne répondait jamais rien à ses attaques. Ses fans (ou plutôt celles de Shane) s’en chargeaient pour lui, mais Cherry était persuadée que c’était parce qu’il devait y être tellement habitué qu’il savait que se défendre ne servait plus à rien sauf à provoquer d'avantage le jeune homme. La professeure de lettres expliqua le devoir du jour. Ils devaient faire une petite rédaction. Elle donna un sujet très flou, mais Cherry se sentit immédiatement à l’aise. Elle avait déjà des milliers d’idées qui se bousculaient dans sa tête et elle avait hâte de les étaler sur du papier. Elle était enfin dans son élément. « ‘‘Mettez en scène un sentiment ressenti par un quelconque personnage à travers une scène courte mais très descriptive’’ ? Qu’est-ce que c’est que ce sujet de merde ! » Se plaignit Eric. Tout le monde se mit à rire. Cherry fit un sourire, même si elle ne comprenait pas vraiment ce qu’il y avait de drôle. Elle devait au moins avoir l’air souriante. « T’es vraiment con ! » beugla la fille assise à côté de Mattews. L’enseignante qui n’avait rien entendu d’autre qu’un brouhaha se retourna à cet instant vers la classe. « Fermez-là un peu ! » s'écria-t-elle. Alors qu’un semblant de silence reprenait vie dans la salle, la voisine de Mattews éclata d’un rire aigu. Ses amies la suivirent dans cet élan d’hilarité et cela insupporta encore plus la pauvre femme, qui, totalement à l’ouest, en conclut immédiatement que c’était Mattews le responsable de cette agitation. Elle le consigna à changer de place. Il n’en fut pas vraiment triste et se leva immédiatement. Tous les élèves cherchèrent des yeux une place vide, et ce n’est qu’à cet instant qu’ils se rendirent compte de l’existence de Cherry. « C’est une nouvelle, elle non ? » chuchotèrent plusieurs élèves. Eric laissa échapper son désespoir de voir Mattews se rapprocher de lui en soupirant profondément. Contrairement à lui, le garçon fit comme si de rien était et s’installa à côté de Cherry. Cherry, qui était absolument tétanisée de voir toutes ces têtes tournées et tous ces chuchotements se former autour d’elle. « Mettez-vous tous au travail. Ceux qui auront écrit moins d’une copie simple seront collés. » Menaça l’institutrice. Tous se remirent au travail et la brune se sentit plus rassurée. Elle allait enfin pouvoir écrire. Armée de son stylo, elle se sentait invincible. A peine le tenait-elle entre ses doigts qu’elle commença à rédiger frénétiquement des lignes et des lignes. En dix minutes, elle avait déjà noté cinq fois plus que ses camarades qui se grattaient encore la tête. Cherry était tellement concentrée sur sa copie (ou plutôt, ses copies) qu’elle en oublia la présence de Mattews. Ce dernier la regardait avec curiosité, puisqu’il avait terminé le minimum demandé, en se demandant comment on pouvait être si inspiré en si peu de temps. Sans se faire remarquer par la nouvelle, il approcha sa tête de sa feuilles pour en lire quelques lignes. A peine aperçut-il la première phrase qu’il fut bluffé. Elle était longue, mais pas compliquée. On pouvait y sentir toute la profondeur des événements. Cette fille était décidément douée. Tout à coup, Cherry releva brusquement la tête, manquant de rentrer dans le nez de Mattews qui l’observait un sourcil levé. Elle se demanda pourquoi il la fixait comme ça, et depuis combien de temps, tout en continuant à faire de même. Une dizaine de secondes plus tard, elle reprit vaguement ses esprits et évita de le regarder droit dans les yeux. Il y avait un quelque chose qui l’intimidait dans son regard. Il n’avait pourtant pas l’air bien méchant, mais elle avait l’impression qu’il était un milliard de fois plus mature qu’elle et cela lui donnait l’impression de se sentir légèrement inférieure. « Est-ce que tu pourrais me passer… » Commença-t-elle. « Non. » Etonnée de cette réponse, elle releva la tête vers lui. Il semblait très contrarié, presque agressif. « Non, tu n’aurais pas le numéro de Shane d’accord ? » Cherry laissa échapper un petit gloussement interrogateur. « Je voulais juste ton effaceur… Désolée si… enfin pardon… » Eric tourna la tête et pouffa de rire avant de se concentrer à nouveau sur sa copie. Confus, Mattews le fusilla du regard tandis que Cherry barrait un mot, visiblement vexée qu’il la prenne pour une groupie qui voulait juste tirer profit de lui. Le garçon plongea sa main dans sa trousse et en ressortit le feutre, qu’il tendit promptement à la jeune fille. « Excuse-moi d’être si parano… » Chuchota-t-il tout doucement pour éviter d’éveiller l’attention de leur incorruptible voisin. « C’est juste qu’on me pose tellement la question… » Elle prit délicatement le stylo en murmurant un faible merci sans quitter des yeux sa copie, toujours vexée du fait qu’il l’ait jugée sans chercher à comprendre quoi que ce soit. Mattews était vraiment mal à l’aise, et tout ce qu’il trouva à dire pour se faire pardonner fut : « Tu écris vraiment bien. » Cherry se stoppa net. Personne, pas même Jesse, ne l’avait jamais complimentée sur la façon dont elle écrivait. La seule qui lui avait dit mot pour mot la même chose, c’était Ava. Aussi, peu importait combien elle en voulait à Mattews, ce qu’il avait dit la toucha sincèrement. Elle souleva son crâne et après un instant d’hésitation, elle regarda le jeune homme dans les yeux. Il lui fit un sourire doux pour prouver sa sincérité au moment où la sonnerie du lycée retentit. Elle hocha simplement la tête, trop troublée pour prononcer un mot de remerciement. Nerveusement, elle se mit à ranger ses affaires dans son sac. Mattews, pressentant son départ prématuré se leva et après une demi-seconde d’hésitation lui proposa : « Dis, ça te dit de venir avec moi à la Book avenue, ce samedi ? C’est une espèce d’exposition sur les livres, l’écriture et tout ça… C’est à une heure de voiture, mais d’après ce qu’on m’a dit, c’est vraiment quelque chose à voir. On partirait en début d’après-midi et on rentrerait un peu tard le soir par contre… Vers minuit je pense. » Cherry ouvra la bouche, encore plus choquée. Elle devait avoir sérieusement l’air d’une demeurée mais pour une fois, elle ne s’en préoccupait pas. Elle attendit un petit moment, histoire de voir si Mattews allait se mettre à ricaner en lui hurlant qu’il l’avait bien eut, mais il ne le fit pas. Au lieu de ça, il resta debout à la dévisager comme s’il attendait une réponse. Deux choses lui vinrent en tête à ce moment là. De un, minuit, était-ce vraiment raisonnable ? Avec un garçon dont elle venait de faire la connaissance ? Mais instinctivement, elle lui faisait confiance. Il paraissait bien trop doux et gentil pour lui faire du mal. Puis la deuxième chose : Samedi, c’était dans trois jours. Et dans trois jours, elle devait dîner chez David. « Euh, si tu veux y réfléchir, vas-y. Préviens-moi juste avant vendredi, que je sache ! » Un nouveau sourire illumina ses lèvres et elle continuait à le dévisager la bouche entrouverte. Ce ne fut qu’à ce moment qu’elle se rendit compte que ses yeux étaient verts/marrons/doré à la fois, ce qui faisait un mélange fascinant. *J’écrirais bien un roman sur ses yeux* se dit-elle inconsciemment. « Oui, d’accord, je vais y réfléchir. »
Elle avait réussi à paraître un peu plus naturelle, ce qui n’était pas mal pour le moment. Mattews lui fit un bref signe de main et s’en alla quasiment à reculons en la fixant intensément ce qui renforçait leur sourire à tous les deux. Cherry écarta alors sans trop s’en rendre compte David, Ava, et tous ses soucis de son esprit pour penser une chose assez étrange. *Mulch n’est peut-être pas une ville aussi nulle après tout.*
15. élie Le 20/12/2008 à 16:17
14. élie Le 20/12/2008 à 16:11
13. Mary W. Le 01/12/2008 à 18:43
12. Fanny Le 01/12/2008 à 13:47
11. Moutmout Chéri (L) Le 26/11/2008 à 14:57
10. Flow Le 14/11/2008 à 22:20
9. Luciole Le 14/11/2008 à 00:28
8. Lune Le 13/11/2008 à 05:52
7. Rosie-chou Le 12/11/2008 à 17:34
6. Clairounette Le 11/11/2008 à 16:05
5. Yuki Le 09/11/2008 à 23:51
4. Manon Le 08/11/2008 à 21:43
3. Davidounet Le 08/11/2008 à 19:56
2. Lune Le 08/11/2008 à 18:47
1. Rosie-chou Le 08/11/2008 à 16:41
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